VO2Max et ergospirométrie en Belgique : j’ai testé ma Garmin Fenix 8 après un stage en altitude au Kenya
Ma Garmin Fenix 8 m’estimait une VO2Max à 60 ml/min/kg. Une valeur intéressante, mais une question se posait : peut-on vraiment faire confiance à une montre connectée pour mesurer sa capacité aérobie maximale ?
Après un stage en altitude au Kenya avec La Clinique du Coureur, j’ai décidé de vérifier cela en passant un test d’ergospirométrie en laboratoire. Résultat : 59,9 ml/min/kg. Une précision impressionnante.
Mais derrière ce chiffre presque identique se cache une réalité plus nuancée. En tant que kinésithérapeute, il me semblait important d’expliquer ce que mesure réellement une montre… et ce qu’elle ne mesure pas.
Mis à jour le 2 avril 2026
Rédigé par Louis Gronemberger
Temps de lecture : 4 minutes
Qu’est-ce que la VO2Max ?
La VO2Max, ou consommation maximale d’oxygène, correspond à la quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut utiliser à l’effort. Elle s’exprime en ml/min/kg et constitue l’un des indicateurs les plus fiables de la capacité cardio-respiratoire.
Concrètement, plus elle est élevée, plus le corps est capable de produire de l’énergie de manière efficace lors d’un effort prolongé. Chez une personne sédentaire, elle se situe généralement entre 30 et 40. Un sportif amateur se situe plutôt entre 50 et 60, tandis que les athlètes d’élite peuvent atteindre des valeurs supérieures à 80, comme Eliud Kipchoge.
En pratique clinique, la VO2Max ne concerne pas uniquement les sportifs. En Belgique, elle est utilisée comme outil d’évaluation fonctionnelle aussi bien chez les athlètes que chez les patients en revalidation cardio-respiratoire.
L’ergospirométrie : la méthode de référence
L’ergospirométrie, aussi appelée test d’effort cardio-pulmonaire, est réalisée en laboratoire sur tapis roulant ou vélo. Pendant le test, le patient est équipé d’un masque qui analyse les gaz respiratoires, d’un électrocardiogramme pour surveiller le cœur et d’un capteur pour mesurer la saturation en oxygène.
L’intensité de l’effort augmente progressivement jusqu’à atteindre un maximum. La VO2Max est déterminée au moment où la consommation d’oxygène se stabilise malgré l’augmentation de l’effort. C’est ce que l’on appelle le plateau.
Dans mon cas, ce plateau a été atteint à 59,9 ml/min/kg après mon retour du Kenya, confirmant les adaptations liées à l’entraînement en altitude.
Ce type de test ne se limite pas à une simple valeur. Il permet également d’identifier les seuils ventilatoires, d’analyser la réponse cardiaque et respiratoire, et de mieux comprendre le fonctionnement global du corps à l’effort. C’est ce qui en fait aujourd’hui la référence en Belgique.
Peut-on faire confiance à une montre connectée ?
Les montres comme la Garmin Fenix 8 utilisent des algorithmes avancés pour estimer la VO2Max. Ces modèles analysent la relation entre la fréquence cardiaque et la vitesse ou la puissance, puis extrapolent une valeur à partir de bases de données issues de tests en laboratoire.
Dans certaines conditions, cette estimation peut être très proche de la réalité, comme dans mon cas. Mais il est important de comprendre ses limites.
Une montre ne mesure pas directement l’oxygène consommé. Elle ne donne pas non plus d’informations sur les seuils physiologiques, la fonction pulmonaire ou les paramètres métaboliques. Sa précision peut aussi varier selon la qualité du capteur cardiaque, l’intensité de l’effort ou encore l’environnement, notamment en altitude.
En résumé, la montre fournit une estimation utile pour suivre sa progression, mais elle ne remplace pas une mesure clinique.
Les applications en kiné
En tant que kinésithérapeute, j’utilise l’ergospirométrie pour établir un bilan précis de la condition physique de mes patients et de définir des zones d’entraînement adaptées.
Contrairement aux formules génériques, les zones issues d’un test reposent sur des données physiologiques individuelles. Cela permet d’optimiser la progression tout en limitant le risque de surentraînement. C’est aussi un excellent outil pour évaluer l’impact d’un stage en altitude, comme celui réalisé au Kenya.
Chez les sportifs
Chaque semaine, je réalise également des tests d’effort à l’Hôpital CHIREC Delta, en collaboration avec les services de cardiologie et de pneumologie.
Les profils sont très différents de ceux des sportifs. Il s’agit généralement de patients en attente d’une revalidation après un incident cardiaque (comme un infarctus), ou présentant d’autres pathologies cardiaques, respiratoires et/ou musculaires. Dans ce contexte, l’ergospirométrie permet d’évaluer la capacité à l’effort, de détecter d’éventuelles anomalies et de définir une intensité d’entraînement sécurisée.
Contrairement à certaines idées reçues, tous les patients ne doivent pas forcément rester à très basse intensité. Selon leur état et leur évolution, certains peuvent être entraînés à des niveaux plus élevés. C’est précisément l’intérêt du test : adapter l’effort à chaque individu, de manière précise et sécurisée.
Chez les patients en revalidation
Pourquoi passer par un centre spécialisé ?
Un test d’effort mal réalisé ou mal interprété peut avoir des conséquences importantes, tant pour un sportif que pour un patient.
Il est donc essentiel de réaliser ces évaluations dans un cadre médical ou paramédical adapté, avec du matériel fiable et des professionnels formés à l’interprétation. Cela garantit des résultats exploitables et une prise en charge sécurisée.
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Dans le cadre d’une revalidation prescrite, certains examens peuvent être pris en charge via l’INAMI. Pour une démarche purement sportive, le remboursement est plus limité.
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Non. Elle donne une estimation utile, mais ne remplace pas les données précises d’un test en laboratoire.
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Chez le sportif, un test annuel est généralement suffisant. En revalidation, cela dépend du suivi médical.
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Oui. L’entraînement en altitude stimule la production de globules rouges et améliore la capacité de transport de l’oxygène, avec des effets visibles quelques semaines après le retour.
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Les tests sont disponibles dans plusieurs hôpitaux et centres spécialisés, notamment à Bruxelles, Liège ou Louvain.
Conclusion
Ma Garmin Fenix 8 a estimé 60 ml/min/kg, tandis que l’ergospirométrie a mesuré 59,9 ml/min/kg. Une précision impressionnante, mais qui ne doit pas masquer l’essentiel.
Une montre connectée propose une estimation pratique et accessible. L’ergospirométrie, elle, fournit une analyse complète et fiable de la réponse du corps à l’effort.
Aujourd’hui, elle reste la référence pour évaluer la capacité cardio-respiratoire, que ce soit pour améliorer la performance sportive ou encadrer une revalidation. En tant que kinésithérapeute, c’est un outil que j’utilise chaque semaine et qui mérite d’être davantage connu du grand public.
Si vous souhaitez aller plus loin dans votre compréhension de l’entraînement ou évaluer précisément votre condition physique, réaliser un test d’effort encadré reste une démarche particulièrement pertinente.